Escapades estivales en forêts

Cet article pourrait aussi s’appeler « sortir le nez de sa forêt ou les bienfaits du dépaysement ».

Histoire de commerce des arbres

Avec une lecture d’été d’abord : A l’orée du verger de Tracy Chevalier est une épopée humaniste de la conquête de l’ouest vue sous l’angle de pionniers passionnés d’arbres et de botanique. Personnages fictionnels et historiques s’entremêlent dans cette histoire de commerce des arbres, comme John « Appleseed » Chapman, figure majeure de l’introduction des pommiers dans l’Ohio, ou mon préféré le courtier en arbres et graines William Lobb, qui parcourait le Nouveau Monde en quête des espèces nouvelles et spectaculaires réclamées par les riches Anglais pour décorer leurs parcs et domaines. On retrouve facilement les photos de l’époque de la « découverte » des redwoods et autres sequoias géant et les débuts du tourisme dans les futurs parcs nationaux. J’imagine bien la nuit de petits personnages valsant sur la souche – à leur échelle géante – de notre grand sapin abattu devant la maison.

Promenade à Dennebos, aux Pays Bas

Autre voyage en forêt, celle de Texel, la plus grande des îles frisonnes aux Pays-Bas, dont nous revenons. Peu de paysages « naturels » tout au long de la côte néerlandaise et la forêt de Dennenbos ne l’est pas non plus : assez étrange du coup de se promener dans une forêt créée de toute pièce, et c’est là tout ce qu’elle a d’extraordinaire, car ce n’est pas du tout pour elle que l’on va sur cet archipel ! Implantée sur les dunes au risque de déséquilibrer les sols, pour fournir du bois aux habitants, elle est maintenant un lieu récréatif, donnant un peu de répit par rapport au vent et de l’ombre quand le soleil donne vraiment. Même l’écrivain et défenseur de l’environnement Jacobus P. Thijsse (dont la statue est en lisière, dans les magnifiques paysages – naturels – de dunes) en avait finalement admis la présence. C’est une gentille forêt de chênes et de pins, pas très haute, claire, tranquille… que l’on traverse avant de retoruner se faire fouetter par le vent dans les dunes et sur les plages !

 

Un lièvre passe

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La route le chemin le sentier
Au fond de la forêt marcher
La truffe humide sur les hauteurs
Du fin fond du pays de Salm
Qui a perdu ses semelles d’acier ?
Du bois flotté a fait surface
La buse de 20h02 est en retard
Le sentier le chemin la route
Un lièvre passe, vite.

 

28 mai 2017. De l’autre côté du massif sur lequel nous nous appuyons, après avoir passé le col du Hantz, nous avons pris la direction de Salm pour une belle randonnée au cœur de ce qui fut autrefois la seigneurie de Salm-en-Vosges puis la principauté de Salm-Salm : l’histoire de ce pays m’intéresse et se révèle palpitante,  mais d’une complexité… aujourd’hui marchons simplement, dans l’ombre presque rafraichissante de la forêt. Sur la route du retour, un énorme lièvre nous fait le cadeau de traverser sous nos yeux.

Le circuit de la chatte pendue et du chateau de Salm.

Le menu des abattus

10 mars 2017. Ils étaient beaux ils sentaient bon le bois costaud.  S’ils allaient devenir grandioses, ils étaient malheureusement un peu trop près de la maison. Abattus ils sont à présent transformés en bois énergie… maison. Petite ode à leur mémoire.

Au sud chêne d’entrée, nœuds vicieux à la mousse séchée
A l’ouest érable champêtre arrosé, au sureau et lierre attachant
Au nord hêtre accroché, champignon rampant et lichen
A l’est orme planant, cœur tanin et fils caramel.

C’est le menu des abattus
C’est l’épopée du bois coupé
Les cardinaux sont bien rangés
Dans la mémoire comme au bucher.

Saturday bat fever

C’est assez étrange de parler de chauve-souris au mois de mars, quand le jaune lumineux des narcisses, des pissenlits et des papillons illumine la journée. Pourtant les chauve-souris sont toujours présentes à quelques pas de nous. Dernière rencontre le 4 février dernier, tard un samedi soir tranquille au coin du feu.

A peine les dé-froissements d’un tissu et des frôlements silencieux au dessus de nos têtes. Par où est-elle entrée ? Pourquoi s’est-elle réveillée ? Est-ce que ses copines dorment encore ? Est-elle douce à caresser ? Qu’est-ce qui a pu l’attirer ? N’est-elle pas éblouie par la lumière ? Est-ce le feu qui l’a attirée ? On dirait qu’une chauve-souris arrive entourée d’un halo de questions. Même seule dans son mouvement elle semble être plusieurs. Elle se pose sur une poutre, à l’envers. Nos mondes respectifs sont si différents, mais chacune, consciente de l’autre, nous faisons une pause et sondons la pièce en analysant la situation.  A-t-elle peur ? Que peut-elle faire ? Que croit-elle que je vais faire ?

Enfin nous parvenons à communiquer avec elle. Nous bougeons, elle nous écholocalise, nous nous déplaçons, elle nous répond, passe et repasse avec ses ultrasons. Toute la pièce vibre de cette danse commune. Nous nous orientons petit à petit vers une autre pièce, puis vers l’atelier. Elle devrait y retrouver l’obscurité et un coin pour finir l’hiver. Nous retournons dans le salon pour finir la soirée. La recroiserons-nous cet été à la nuit tombée ?

Totem et boule de neige

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Dimanche 8 janvier 2017. Il a neigé ces derniers jours, cette nuit encore, plus légèrement. Après la neige industrielle et les brouillards de pollution des dernières semaines sur Strasbourg, j’aspire de longues bouffées blanches. Cette neige fraiche est très poudreuse, impossible de faire une bataille, nous ne produisons pas assez vite les boules – quand elles veulent bien se former.  Le seul moyen est d’enlever les gants, de former une boule, de maintenir les paumes et les doigts sur la forme pour que la couche extérieure commence à fondre et soude l’ensemble. Les plats de mes paumes pressent les masses, la neige veut s’échapper, mes doigts insistent et laissent leurs empreintes dans les volumes. C’est froid, mes mains rougissent, mais le totem qui monte finira par se tenir droit.

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