Pollen : l’i-ma-gi-na-tion, au pou-voir !

3 mai 2018. Jamais on n’a vu autant de pollen ces dernières semaines. L’air en est empli, ça vole de tous côtés, petit flocons laineux, plumeaux de pissenlit, petits grains vert printemps, nuage de poussière jaune… qui se dépose partout. Les araignées n’arrivent plus à garder leurs toiles propres, des jus à base de concentré se forment après la pluie dans les nouvelles feuilles des alchémilles.

Ça tombe bien, je viens de lire La vie secrète des arbres de Peter Wohlleben.

« Les véritables arbres forestiers n’accordent pas le moindre intérêt à ces petits auxiliaires [que sont les butineurs]. Qu’ont-ils besoin de ces petits pollinisateurs quand il s’agit de butiner des millions et des millions de fleurs sur des centaines de kilomètres carrés ? Il leur faut un dispositif d’une autre envergure, plus sûr et tant qu’à faire, qui n’exige aucune contrepartie. Et quoi de plus facile à utiliser que le vent pour prélever dans les fleurs les grains de pollen fins comme de la poussière et les transporter aux arbres voisins ? Les courants aériens présentent un autre avantage : on peut compter sur eux quand la température baisse […]. Pins et sapins produisent d’énormes quantités de pollen, à croire qu’en matière de fécondation ils veulent faire encore mieux que les feuillus. Les quantités sont telles qu’à la moindre brise d’énormes quantités de poussière jaune flotte au-dessus des forêts de conifères en fleurs comme si le feu couvait sous les frondaisons. »

Vive le vent ! le chapelet de nouvelles éoliennes qui tournent juste derrière la crête de sapins côté sud ne dira pas le contraire. Mais à quoi ressemble exactement cette poussière jaune ? « Love is in the air » est le titre de la rubrique de Martin Oeggerli sur son site Micronaut. Il faut dire que grâce aux travaux de ce photographe scientifique suisse, je ne fais que m’émerveiller et continue de regarder ces images avec fascination et joie. Le pollen de pin, comme le pollen de sapin, a une tête de Mickey trop sympathique.

Au niveau pollen, une fois encore, le slogan de mère nature pourrait être, poing levé et mégaphone dans l’autre : « L’i-ma-gi-na-tion au pou-voir ! ». Je me suis lâchée à inventer moi aussi des formes sans queues ni têtes : pollen aztèque, pollen en peau de lézard, pollen bipolaire, pollen d’écorce confite, pollen zen, pollen de fleur céleste, pollen timide, pollen de poignée de main…

« Love is in the air », « l’imagination au pouvoir »… ma parole, voilà un article parfait pour ce mois de mai commémoratif !

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Out of body experience

16 février 2018. Le matin est froid, humide, gris. Les couleurs ont quasiment disparu, recouvertes d’une légère pellicule de neige ou éteintes par la brume qui pèse encore au-dessus des cimes. Les bruits aussi ont quasiment disparu, absorbés par les cristaux de glace ou simplement absents, pure économie d’énergie vitale.  Au-dessus des cimes le drone de Paco seul est animé, il prend de la hauteur.

Jamais encore nous n’avions vu les Reings sous cet angle. L’objectif déforme le relief et voilà une petite planète. Je pense à celles du Petit Prince, que raconte la nôtre ? La forêt l’enveloppe, mais on voit d’abord le chemin. Je pense aux chemins des philosophes, « Délaisse les grandes routes, prends les sentiers ». En bas, sur le banc, là, j’étais assise encore tout récemment, en bas, là, dans la pente j’ai déterré un petit houx. Je pense à une out-of-body experience, je pense pouvoir raconter ce qui me relie à chacun des centimètres carrés de cette photo.

Plastiquement je ne sais pas comment transformer cela. Cela pourrait faire des kilomètres et des kilomètres de mots si je décidais d’écrire dans le moindre détail le moindre souvenir et la moindre sensation.

18 janvier 2018. En mémoire de Patricia, une boule neige maladroite pour feu sa collection.

Grande crado cherche fourche bêche

Elle était belle, elle était forte, elle sentait bon la terre humide. Plantée à coté du composteur, la fourche bêche de JD servait à remuer le contenu de la grande crado. Elle a disparu, envolée, emportée… certainement pas par le vent.

Pauvre grande crado désemparée ! En récompense à qui lui rendra sa fourche bêche, une poignée de la meilleure terre de compost du canton. Avis aux chasseurs de prime !

Le flipbook des mulots sylvestres

31 décembre 2017- 1er janvier 2018. Plutôt que de dire le temps passe, disons que la terre tourne. Disons que nous tournons. A la vitesse vertigineuse de 1 100 km/heure environ à notre latitude de 48° N et quelque. Ça donne le vertige mais il faut le garder à l’esprit, nous habitons un espace immense et incroyable en perpétuel mouvement.

Au plus profond de l’hiver, les mulots sylvestres le savent bien. Rassemblés dans la longue nuit au fond de leurs galeries, ils rotationnent eux aussi : leurs étreintes font écho à la danse des étoiles sur la voute et réchauffent leurs petits cœurs solitaires et sensibles.

Pour fabriquer votre « Flipbook des mulots sylvestres », imprimez l’illustration sur un papier légèrement cartonné et découpez chaque rectangle en suivant le trait noir. Agrafez-les ensemble comme un petit carnet.  Tenez-le d’une main et effeuillez-le de l’autre avec le pouce. Les images donneront l’illusion d’être ainsi animées et les mulots de tourner… plus ou moins rapidement selon la vitesse à laquelle vous le manipulerez.

Vers l’orange

Le sombre automne s’est abattu
Les bruns et les ombres s’enfoncent comme toi dans le bois
Devant, une lueur fugace, tenace
Vif l’orange.

25 novembre. Ces oranges ont fait remonter à mon souvenir mon portrait numérique intérieur réalisé au printemps dernier par l’Atelier aléatoire. La vision m’avait d’abord fort surprise, puis je m’étais reconnue… bright mais flippant ?

réalisé par Atelier Aléatoire de Thibaut Camdessus.